Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type




Glärb est un Mwandishi venu tout droit de la planète Krantavis pour surveiller les Terriens à travers leurs médias, qu'il capte depuis son vaisseau, l'Indiscret. Seul, perdu au contact d'une civilisation qu'il ne comprend pas, il se doit pourtant de faire toutes les semaines un compte-rendu à ses supérieurs.
Lune Terre

15/10/2015
Un Mois Chargé

Si les deux extraterrestres ont manqué de peu de rendre leur rapport après le jour dû le mois précédent, cette fois-ci, c’est avec plus de deux semaines de retard que le texte a été envoyé aux supérieurs. Ce n’était pourtant pas faute d’être réactifs et prévoyants, mais le matériel de l’Indiscret, à la mise en ligne de leur rapport, a posé quelques soucis. Les deux camarades n’ont pu qu’attendre que la tempête électromagnétique qui agitait leur côté de la Lune se calme. Ce délai est d’autant plus malencontreux que le mois de septembre leur a semblé particulièrement riche en actualités.

Vahrüt n°102. 1er Septembre 2015 au 31 Septembre 2015. Calendrier Terrien.

Le mois de septembre a commencé par une photo. Une photo choquante, que l’on a vu partout pendant des jours, voire des semaines. Elle montrait le petit Alan Kurdi (appelé à l’origine Aylan), jeune Syrien de trois ans mort le 2 septembre, échoué sur la plage turque de Bodrum. En pleine crise migratoire, les milliers de morts en Méditerranée avaient enfin un visage ! La question était alors « peut-on montrer l’image d’un mort en Une ? » Les médias français se sont montrés timorés – ou prudents – par rapport aux médias anglo-saxons. La photo, destinée à devenir aussi célèbre que celle de la petite Phan Thi Kim Phuc brûlée par le napalm au Vietnam, n’a pas échappé aux conspirationnistes : selon certains, le corps de l’enfant aurait été déplacé pour renforcer l’émotion suscitée et pousser le public occidental à compatir avec les migrants. Ils en veulent pour preuve une autre photo censée montrer l’enfant dans un autre endroit, au milieu des récifs. En réalité, selon Nilüfer Demir, la journaliste turque qui a pris la photographie, cette autre photo est celle de Galip Kurdi, le frère d’Alan. Dans de nombreux pays, dont la France, l’émotion soulevée par la photo est retombée aussi vite qu’elle est montée – j’y reviendrai plus tard. Tout au plus le président François Hollande a-t-il accepté d’augmenter le nombre de réfugiés accueillis en France, à l’instar de bien d’autres pays. Dans d’autres, comme en Allemagne, l’image a eu une réelle portée, puisque la chancelière Angela Merkel a effectué un véritable virage par rapport à sa précédente politique et défend à présent l’intégration d’un grand nombre de réfugiés, souhaitant faire de l’Allemagne un véritable pays d’accueil, notamment pour palier sa faible natalité. Ça ne plaît évidemment pas à tout le monde : presque la moitié des Allemands considèrent que « l’immigration a plutôt des inconvénients »

Une autre actualité majeure, mais plus récente, est l’officialisation de l’intervention russe en Syrie. Alors que Vladimir Poutine nie toujours la présence de troupes russes en Ukraine, il a décidé qu’il était temps de soutenir son ami Bachar El-Assad contre le groupe État islamique. Les bombardements ont démarré le 30 septembre, mais on ignore en réalité si ces frappes visaient bel et bien l’État islamique ou bien d’autres belligérants que le régime syrien considère comme ennemis. Les États-Unis n’ont que faiblement réagi – il faut dire qu’ils n’ont guère de leçons à donner, puisqu’une de leurs frappes aériennes en Irak a touché un hôpital de Médecins sans frontières, tuant 19 personnes (dont 10 employés de MSF). Le président russe, lui aussi, a reconnu la mort de civils dans ce début de campagne, et l’assume parfaitement, déclarant que ces dégâts collatéraux se poursuivraient pendant la durée de l’intervention de l’armée syrienne. L’opinion publique russe était, selon les précédents sondages, réticente à l’idée d’une intervention en Syrie. Peut-être que le bulletin météo de la chaîne Russie 24 leur a fait changer d’avis : la présentatrice y décrivait les conditions météorologiques syriennes, idéales pour un bombardement malgré l’arrivée possible de tempêtes de sable.

L’autre actualité majeure, ce mois-ci, c’est ce qu’on a appelé le « Dieselgate ». L’Environmental Protection Agency a découvert que les contrôles anti-pollution des voitures diesel de Volkswagen commercialisées aux États-Unis étaient truqués : les voitures pouvaient ainsi passer les tests anti-pollution alors que la quantité d’oxyde d’azote est 40% supérieure aux normes fédérales. L’entreprise Volkswagen, fleuron de l’industrie allemande et symbole de la « Deutsche Qualität » ne s’en remettra peut-être pas : elle devra rembourser 37 500 dollars pour chaque voiture, soit 18 milliards pour les 480 000 voitures commercialisées aux États-Unis. Sans compter les pertes liées aux futures plaintes, aux baisses de vente et à la chute de l’image de marque. Et on ignore encore si d’autres pays sont concernés ! Le directeur Martin Winterkorn a été éjecté de sa place lorsque Volkswagen a admis les faits. Le scandale pourrait s’étendre encore si l’on venait à découvrir que d’autres entreprises truquaient elles aussi leurs logiciels anti-pollution. Pour l’heure, les constructeurs automobiles concurrents dans le monde entier se frottent les mains, mais qui sait s’ils ne seront pas les prochains ?

Mais comme à l’accoutumée, penchons-nous un peu plus près sur la France. Quelques semaines à peine après la vague d’émotion suscitée par la photo du petit Aylan, les valeurs humaines brandies si haut semblent bel et bien oubliées : sur le plateau de l’émission On n’est pas couchés, la députée européenne Nadine Morano a créé la surprise en citant le général De Gaulle : « Nous sommes un pays judéo-chrétien de race blanche ». Si l’on oublie le contexte dans lequel la phrase avait été prononcée pour justifier l’indépendance de l’Algérie, cette réalité a bien changé en quelques décennies, et aujourd’hui des millions de Français n’ont pas besoin d’être blancs pour incarner le pays. Sans parler, bien entendu, des territoires et départements d’outre-Mer. Loin de rétracter ses propos, Mme. Morano les a complètement assumés et dénoncé une chasse aux sorcières. Malgré le soutien d’une partie de la population, le plus grand revers est venu de son propre parti, Les Républicains, puisque désavouée par la plupart de ses membres, elle a été destituée de la liste sur laquelle elle était tête de liste pour les élections régionales en Meurthe-et-Moselle. Et le plus malheureux, pour elle, c’est que même le Front National ne veut pas d’elle.

Enfin, finissons par les choses sérieuses : les Terriens s’intéressent décidément d’un peu trop près à l’espace. Ils l’ont encore prouvé ce mois-ci avec la planète Mars. Figurez-vous qu’ils y ont trouvé des traces d’eau ! Certes, celle-ci est à une température glaciale, mais ils considèrent cela comme une grande avancée (nombre d’entre eux savaient que la « planète rouge » en avait eu par le passé, mais ignoraient qu’elle en recelait toujours). À les entendre, on croirait qu’il n’y a que l’eau qui puisse favoriser la vie. Comme ils sont adorables. En attendant, les chercheurs de la NASA ne risquent pas de mettre le pied vers Mars de sitôt, et pas seulement pour des raisons de budget. Les humains étant de véritables nids à bactéries (je ne plaisante pas, ils en transportent constamment cent mille milliards sur eux en eux, vous pensez bien qu’ils n’ont guère envie de contaminer les échantillons qu’ils souhaiteraient analyser. Tant de découvertes à faire, et pourtant inaccessibles ! Comme un supplice de Tantale revisité (n'ayez crainte, je joindrai une note à ce rapport pour expliquer ce dont il s’agit).

Je vous recontacterai le mois prochain. Amitiés. Observateur Glärb.


01/09/2015
La « Nouvelle Formule » est Là !

Il faudra du temps à Glärb et Boglib pour s’habituer à leur nouveau rythme de parution : un peu plus et les extraterrestres oubliaient de publier leur rapport ! Glärb était si absorbé dans ses traductions qu’il a fallu que son collègue le secoue pour lui rappeler sa tâche. Laissant à regret son roman de proto-science-fiction polynésien, l’observateur s’assoit donc à son bureau. Que diable s’est-il passé ce mois-ci ? Peut-être aurait-il dû se tenir un peu plus informé des actualités. N’est-ce-pas son travail, après tout ? Après avoir arpenté quelques heures l’Internet terrien, il se met sans plus attendre à écrire.

Vahrüt n°101. 1er Août 2015 au 31 Août 2015. Calendrier Terrien.

Commençons par le plus récent, car à l’heure où j’écris ces lignes, l’événement fait toujours la une des médias. Un massacre a été évité vendredi 21 dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris. Un homme, Ayoub El Khazzani, y est monté à Bruxelles avec un AK47, un pistolet et un cutter. En chargeant son arme de guerre aux toilettes, il a été entendu par un passager français, qui a tenté de le ceinturer sitôt qu’il en est sorti. Puis c’est un contrôleur qui s’est retrouvé face au passager torse nu. L’arme s’est enrayée, lui sauvant la vie. Puis vient la partie que tous passent en boucle depuis : trois Américains – deux soldats et un étudiant – et un Britannique se sont jetés sur l’homme et ont réussi à le maîtriser. Le train s’est alors arrêté en gare d’Arras, où la police a arrêté le suspect. À noter que d’après l’acteur Jean-Hugue Anglade, présent dans le compartiment, l’équipe de la SNCF se serait barricadée dans sa cabine en empêchant les hommes, femmes et enfants d’y entrer. Les Américains Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sandler ainsi que le Britannique Chris Norman qualifiés par le monde entier de « héros », ont reçu la Légion d’Honneur lundi 24 des mains du président François Hollande en personne, qui leur a fait la bise comme le requiert la cérémonie. En voilà, de chouettes vacances européennes.

L’autre actualité majeure de ce mois d’août, c’est l’explosion qui a fait trembler Tianjin. On en ignore encore la cause, mais le 12 août, une explosion soudaine a ébranlé le port de cette ville de 15,2 millions d’habitants en pleine nuit. Puis ce sont d’autres explosions qui ont suivi, alimentées par une grande quantité de produits chimiques. Au total, le bilan atteint 123 morts et 698 blessés, ainsi que 50 personnes portées disparues. Mais ce n’est pas parce qu’un pays est en deuil qu’on doit se permettre de critiquer la sécurité du site : le gouvernement chinois n’a pas perdu de temps pour censurer les remarques trop acerbes à l’égard du manque de vigilance. D’autant que des produits chimiques pourraient avoir été libérés par l’explosion. Plusieurs journalistes dépêchés sur place affirment avoir subi des maux de tête et des nausées.

Mais revenons à des actualités moins mortifères, et plus politiques. En Grèce, le Premier ministre Alexis Tsipras a créé la surprise le 20 août en annonçant soudainement sa démission. Cette décision du chef de Syriza fait suite à plusieurs choix politiques qui ont divisé ses électeurs, notamment celui d’accepter les plans budgétaires de la « Troïka » (le trio formé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire internationale), une entité contre laquelle il ne tarissait pas d’insultes, lorsqu’il était dans l’opposition. De nouvelles élections sont ainsi prévues en 20 septembre, au cours desquelles il lui faudra convaincre à nouveau ses électeurs. Au moins, on ne lui reprochera pas de ne pas jouer le jeu de la démocratie. Il aura en plus fort à faire, car cet homme politique qu’on disait si radical a tant déçu son propre parti que les plus « à gauche » (25 députés, tout de même) ont créé le 21 août leur propre formation politique, appelée « Unité populaire ».

Pendant ce temps-là, la France s’agite pour un scandale médiatique qui ne fait pas honneur à la profession journalistique. Il se trouve que Éric Laurent, spécialiste de la finance et la géopolitique du pétrole, auteur de plusieurs livres au vitriol sur la monarchie marocaine, a proposé le 23 juillet avec sa consœur Catherine Graciet un marché au roi du Maroc Mohammed VI : soit ce dernier acceptait de leur donner deux millions d’euros (leur première offre s’élevait à trois millions), soit il publiait son nouveau livre, qui promettait de lui en faire voir de toutes les couleurs. La monarchie a accepté, livrant dans un premier temps une avance de 80 000 euros. Sauf qu’à la sortie du point de rendez-vous, à Paris, la maréchaussée française est tombée sur les journalistes. L’affaire s’est ébruitée, et alors même que le « contrat » de ce chantage n’a pas été honoré, la publication du livre est plutôt mal partie, puisque l’édition Le Seuil, qui devait s’en charger, a finalement renoncé. Quant à Éric Laurent, qui n’avait de toute façon pas terminé l’ouvrage, il a comme sa consœur été mis en examen pour « chantage » et « extorsion de fonds ». Ils pourraient encourir cinq ans d’emprisonnement.

Enfin, je conclurai ce rapport par l’ouverture, le 22 août, d’un parc d’attraction pour le mois atypique. Il s’appelle « Dismaland », se trouve à Weston-super-mare, une station balnéaire désertée proche de Bristol, et ne contient pas beaucoup d’attractions. Il s’agit en réalité d’une œuvre à grande échelle de l’artiste Banksy, connu pour son travail très engagé. Le faux parc d’attraction, un « bemusement park » est ainsi une satire de la société de consommation et de bien d’autres thèmes chers au Britannique. L’entrée est gratuite pour les moins de cinq ans (on peut être certain qu’ils s’y amuseront) et coûte trois livres pour les adultes, on y est « accueilli » par des employés mornes, une musique sinistre, et des sculptures qui rappellent des figures de Disney, que l’artiste parodie. On ne s’étonnera même plus, au final, d’apercevoir au milieu du bassin un petit bateau rempli de petits migrants, prêt à chavirer. Tout n’est pas de Banksy, car ce dernier a collaboré avec 58 artistes. Le parc éphémère sera ouvert jusqu’au 27 septembre.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


26/07/2015
Ils Nous Ont Trouvés !

Si le chiffre 100 ne revêt aucune importance pour ses supérieurs Mwandishi, Glärb et Boglib savaient quant à eux que leur centième rapport aurait quelque chose de particulier, voire d’exceptionnel. Jamais, pourtant, ils n’auraient pu se douter que ce rapport serait si important. Sans doute ne remettra-t-il pas en question le changement de rythme de parution qui s’annonce : tous les mois plutôt que toutes les semaines, mais cette révélation intéressera forcément ses chefs. Les deux extraterrestres, fébriles, s’apprêtent à écrire leur centième rapport, conscient que le suivant devra attendre quatre semaines.

Vahrüt n°100. 20 Juillet 2015 au 26 Juillet 2015. Calendrier Terrien.

Je savais bien qu’ils finiraient par nous découvrir un jour, mais je pensais que les Terriens s’apercevraient d’abord de la présence de l’Indiscret sur la face cachée de la Lune. Au lieu de cela, c’est une exo-planète qu’ils ont découvert loin, très loin de chez eux. Ils l’ont baptisée Kepler 452b, mais nous autres Mwandishi la connaissons aussi sous le nom de « Krantavis ». Eh oui, ils ont découvert notre monde ! Ce qu’ils appellent « exo-planète » désigne une planète se trouvant dans le champ d’attraction d’une autre étoile que leur Soleil. Et une fois repérée par leur télescope Kepler, les planètes découvertes sont passées au crible pour savoir si elles sont propices à la vie. En l’occurrence, les Terriens ont deviné que Krantavis était suffisamment proche de son étoile pour abriter la vie. En tout cas, ne vous inquiétez pas, ils ne risquent pas de nous atteindre de sitôt : ils mesurent notre planète à plus de 1 400 années lumières de la leur, soit 13 000 000 000 000 000 kilomètres. Mieux vaudrait que nous ne leur parlions pas encore des possibilités de déplacement plus rapides que la lumière…

Mais revenons à l’actualité proprement Terrienne. Voilà presque un an que la coalition menée par les Américains contre l’État Islamique peine à endiguer leur avancée. Cette semaine, la Turquie a enfin décidé de se lancer pour de bon dans la guerre contre le groupe terroriste. Pendant bien longtemps, le régime de Recep Tayyip Erdogan a été accusé de passivité, voire de complaisance vis-à-vis de Daech, qui sévissait juste derrière sa frontière. L’armée turque va donc commencer à utiliser son artillerie et son aviation, mais surtout, elle a donné l’autorisation à l’armée américaine d’utiliser ses bases : jusqu’à maintenant, les attaques de l’aviation partaient de Koweït, la Jordanie, l’Irak ou le golfe Persique. Sauf que la Turquie ne se bat pas uniquement contre Daech : ses frappes visent également les Kurdes, dans le nord de l’Irak. Ceux-ci, pourtant opposés eux aussi à l’État Islamique, sont depuis bien longtemps une épine dans le pied d’Erdogan, confronté au « séparatisme » du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), qu’il place au même niveau que Daech. Rappelons tout de même qu’un parti kurde est aujourd’hui représenté au Parlement avec 79 sièges.

Cap vers la France, à présent, où comme chaque été, l’actualité n’est pas bien riche. Heureusement, la colère des éleveurs permet encore de pimenter un peu les médias. En effet, ils s’insurgent depuis plus d’une semaine pour protester contre de nombreux maux : le manque de reconnaissance à leur égard, la multiplication des normes et contrôles, les marges pratiquées par les supermarchés ou encore l'absence de stratégie du gouvernement. Concrètement, cette grogne s’est traduite dans plusieurs régions par de grandes manifestations, blocages, et même des actes de vandalisme dans les grandes surfaces. Plusieurs accords ont été signés cette semaine dans l’espoir de les calmer, en augmentant par exemple le prix du lait, du porc et du bœuf, mais rien qui puisse apaiser les éleveurs. Ceux-ci se targuent en tout cas d’un large soutien de l’opinion publique : selon un sondage BVA-Orange-i-Télé, 88% des Français interrogés soutiennent le mouvement de contestation, et 81% se disent même prêts « à faire un effort financier » pour privilégier les produits français. Reste à savoir si, une fois la colère retombée, les éleveurs ressentiront ce soudain effet de patriotisme alimentaire.

Enfin, comme je vous le disais, la France manque d’actualités en été, alors dès qu’un incident survient, c’est tout de suite l’emballement médiatique. En l’occurrence, tous les médias ont parlé d’une agression à Reims : une jeune femme en bikini dans un parc, lynchée par cinq autres femmes. Selon le journal L’Union , qui a révélé l’affaire, l’agresseur en chef aurait eu un « discours aux relents de police religieuse ». Comme il semblerait qu’elles soient musulmanes, le Front National a également fait part de ses propres conclusions sur l’affaire. Pourtant, il semble qu’une autre version de l’histoire existe : l’une des agresseurs a expliqué sur Buzzfeed que lorsque trois les jeunes femmes en maillot l’ont croisée, elle a effectivement dit qu’elle ne s’habillerait jamais comme ça, mais que c'étaient les principales concernées qui avaient pris la mouche. L'une d'elle aurait répondu qu’avec son physique, elle ne risquait pas de mettre un maillot, son amie aurait pris sa défense et toutes les deux se seraient bagarrées. Qu’il s’agisse de la vérité ou non, c’est en tout cas la version retenue par le tribunal de Reims. Et qu’il s’agisse toujours de la vérité ou non, cela rappelle au moins qu’il y a toujours plusieurs versions, que chaque « côté » a intérêt à défendre, et qu’il peut être intéressant de s’y pencher. Enfin, ce n'est pas comme s'il s'agissait d'un banal fait divers porté en épingle.

Je vous recontacterai dans quatre vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


20/07/2015
Deux Accords dans ce Rapport

Le grand moment se rapproche. Les chiffres ronds n’ont pourtant pas une grande importance sur leur planète natale, mais à présent, après avoir passé tant de temps au contact des Terriens, il leur semble qu’atteindre le centième rapport revêt une certaine signification. Rien qui les force toutefois à s’organiser différemment. Comme d’habitude, Glärb a passé ces dernières heures à traduire les romans Terriens dans sa langue maternelle, et Boglib a fait de même avec les sous-titres de ses films. Puis vient l'heure de l'écriture du rapport.

Vahrüt n°99. 13 Juillet 2015 au 19 Juillet 2015. Calendrier Terrien.

La Grèce va-t-elle pouvoir respirer ? Un accord a enfin été conclu entre son turbulent Premier ministre Alexis Tsipras et l’Union européenne. Il s’est rendu dimanche à Bruxelles pour y rencontrer ses dix-neuf homologues des autres pays. Après quelques explications sur sa méthode et un débat nocturne animé, le troisième programme d’aide a été adopté. La Grèce reste dans la zone euro et bénéficiera de l’argent européen, mais en contrepartie d’un certain nombre de mesures : la hausse de la TVA, une réforme fiscale, une réforme des retraites et du marché intérieur, la privatisation du réseau de transports électriques, une réforme du marché du travail ou encore un renforcement du secteur financier. Autant de mesures drastiques, associés à l’austérité qui n’avait pas si bien marché les deux premières fois. Beaucoup de Grecs qui avaient voté « Non » aux ordres européens il y a deux semaines s’en sont insurgés, et même l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, limogé au lendemain du vote, a exprimé son désaccord. Désavoué par une partie de son gouvernement et de ses électeurs, le leader du Syriza, coalition d’extrême-gauche, devra bientôt remanier son équipe.

Décidément, quand ce ne sont pas les attentats, ce sont les tentatives d’attentats dont on entend parler. trois jeunes, très jeunes, de seize à vingt-deux ans, sont impliqués dans un projet d’attentat. Le groupe prévoyait de prendre d’assaut le site militaire de Béar, près de la frontière espagnole, pour y décapiter un officier, comme l’a fait Yasin Salhi avec son patron avant d’attaquer l’usine chimique d’Air Products, à Saint-Quentin-Fallavier. Au-delà de la barbarie du projet et du très jeune âge du « cerveau » (dix-sept ans), ce qui interpelle, c’est également la – peut-être trop – grande hâte des services de renseignement. En effet, l’attaque était prévue pour décembre ou janvier prochain et l’attaque terroriste n’en était qu’à ses balbutiements : autrement dit, les preuves sont difficiles à trouver, d’autant plus que l’infraction de préparation d’un acte de terrorisme exige qu’on puisse prouver « le fait de détenir, de rechercher, de se procurer ou de fabriquer des objets ou des substances de nature à créer un danger pour autrui ». Étrange, certes, mais on ne va pas se plaindre pour autant. Même si la révélation arrive alors que le projet de loi Renseignement est actuellement examiné par le Conseil constitutionnel.

Un autre accord a été signé cette semaine, pas sur la Grèce cette fois-ci mais sur l’Iran. De nouvelles négociations ont été menées à Viennes entre la République Islamique et les « 5 + 1 » (le groupe formé par les cinq pays formant le Conseil de Sécurité de l’ONU – États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine et Russie – avec l’Allemagne). Après 17 jours de négociations au cœur de l'Autriche, le ministre des Affaires étrangères iranien déclarait « C’est un moment historique ». L’accord garantit que le programme nucléaire iranien se poursuivra sans déboucher sur des usages militaires : Téhéran se défend depuis des années de chercher à se doter de la bombe atomique et plaide le nucléaire civil. En échange, les sanctions internationales dictées depuis une dizaine d’années par les États-Unis sont levées. L’Iran a également accepté de donner l’accès – certes limité – à certains de ses sites militaires en guise de bonne foi. L’accord ne fait évidemment pas que des heureux, car beaucoup estiment – peut-être à juste titre – que l’Iran bluffe en démentant avoir la bombe nucléaire en tête.

Enfin, revenons en Europe, où Internet, comme à son habitude, s’est trouvé une nouvelle cible cette semaine. C’est au cours d’une émission télévisée en contact avec des jeunes que la chancelière allemande Angela Merkel a été interpellée par Reem, une adolescente palestinienne de 14 ans. Celle-ci, dont la famille a trouvé refuge en Allemagne, annonce son expulsion à venir. La chancelière lui explique alors que « la politique, parfois, c'est très dur » et que « si nous disons : ‘Vous pouvez tous venir’, ou 'vous pouvez tous venir d'Afrique', nous ne pourrons jamais faire face à cela ». Lorsque la petite fille se met à pleurer, Mme. Merkel s’approche d’elle et lui caresse l’épaule. Ladite caresse a été reprise et parodiée sous le nom de « Merkelstreichelt » (Merkel caresse). Les uns, indignés, fustigent son insensibilité et sa dureté face aux sanglots d’une fille victime de sa politique, tandis que les autres louent sa sincérité et son effort pour calmer l’enfant. Finalement, la petite Reem pourra rester en Allemagne : la loi permet aux enfants étrangers intégrés dans le pays d’y rester avec leurs parents… et Reem a justement montré son intégration en s’exprimant parfaitement en allemand.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


14/07/2015
Un Article Sans Titre

Petit à petit, Glärb et Boglib se préparent à la lourde baisse de rythme, et plus ils y réfléchissent, plus cette perspective leur semble logique. Que reste-t-il à découvrir des Terriens après deux ans d’observation ? Aujourd’hui, leur rôle s’apparente davantage à de la surveillance. Ils n’ont plus grand-chose à apprendre sur cette race. Glärb, en poste depuis plus longtemps, s’interroge toutefois sur ses propres capacités. Aurait-il lassé ses supérieurs avec ses rapports trop similaires ? Peut-être aurait-il dû diversifier ses sources d’information, regarder ce qu’il se trame dans d’autres pays que la France. Mais malgré tout, l’idée d’un rythme mensuel n’est pas pour lui déplaire. Après tout, il lui reste tant de romans Terriens à traduire ! Il termine la page sur laquelle il travaillait, puis se remet, routine oblige, à la rédaction d’un autre rapport.

Vahrüt n°98. 6 Juillet 2015 au 12 Juillet 2015. Calendrier Terrien.

La semaine a plutôt mal commencé, pour l’armée française. Le site militaire de Miramas, en Bouches-du-Rhône, a fait l’objet d’une incursion particulièrement préoccupante dans la nuit du dimanche à lundi dernier. Une patrouille a découvert le lendemain après-midi que tout un pan du grillage avait été découpé. Après inspection et inventaire, il s’est avéré qu’une dizaine de bombes plastiques, une quarantaine de grenades et 180 détonateurs ont été volés dans l’armement destiné aux « Opex », les opérations extérieures de l’armée. Une enquête pour vol avec effraction « commis en bande organisée » a été ouverte, mais avant même ses conclusions, les pistes vont bon train : complicité au sein de l’armée, terrorisme… Il s’agit en tout cas d’un « travail de professionnels ». Le tout six mois après les attentats de Charlie et le lancement de l’opération Cuirasse, destinée à protéger le territoire des attentats. On a déjà vu plus rassurant.

Mais cette semaine, c’était surtout le triste anniversaire du massacre de Srebrenica, dans les Balkans. En juillet 1995, les forces serbes bosniennes ont massacré 8 000 hommes et garçons musulmans pendant la guerre de Bosnie. Rien de plus normal à ce que le Premier ministre serbe, vingt ans plus tard, se rende sur les lieux de la commémoration en Bosnie-Herzégovine, État voisin. Mais Aleksandar Vucic a dû en partir précipitamment après la pose d’une gerbe de fleurs : d'abord hué et sifflé, il a été la cible de plusieurs jets de pierre. Blessé à la tête, les lunettes brisées, il a quitté le site du mémorial entouré par ses gardes du corps. Son ministre de l’Intérieur évoque une « tentative d’assassinat ». L’événement ne risque pas de réconcilier les deux États… Il y a des pays qui se sont fait la guerre pour moins que ça.

L’an dernier, le Mexique annonçait en fanfare l’arrestation de Joachim Guzman, également appelé « El Chapo » – « Le Trapu » en raison de sa petite taille. Le narcotrafiquant le plus puissant du pays avait été arrêté sans heurts en février 2014 ni coup de feu dans la station balnéaire de Mazatlan. Sauf qu’après une seule année sous les verrous, il s’est évadé de la prison d’Altiplano samedi 11 en creusant un tunnel sous sa douche, menant 1,5 kilomètre plus loin dans une maison. Le comble, c’est qu’il n’en est pas à sa première évasion de prison. Arrêté une première fois en 1993 au Guatemala et condamné à 20 ans de prison, il s’était déjà évadé de sa prison haute-sécurité en 2001 en se cachant dans un panier à linge sale. De quoi entretenir le mythe de ce criminel, redevenu l’homme le plus recherché du pays et des États-Unis voisins.

Enfin, finissons avec de l’art. Enfin, de l’art moche. Je vous avais, je crois, parlé de cette immonde restauration d’un portrait de Jésus en Espagne, qui ressemble désormais à un singe. Eh bien l’Égypte n’est pas en reste : après avoir longtemps réclamé à l'Allemagne le buste de la reine antique Nefertiti, qui dit-on était une femme sublime, les Égyptiens ont pris les choses en main et demandé à un sculpteur du cru de façonner une nouvelle Nefertiti dans la ville de Minya. Le résultat est si médiocre qu’il a fait le tour du monde et que le buste infâme est devenu la risée des réseaux sociaux. Alors je sais que pour vous, tous les Terriens sont un petit peu laids et que vous n’êtes pas au fait des canons de beauté humains, mais je suis à peu près certain que vous serez d’accord pour dire que si la reine Nefertiti, épouse d’Akhenaton, qui a régné il y a presque deux millénaires avait ressemblé à ça, peu de monde aurait accepté de la suivre sans s’esclaffer.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.